J’aime le prospectus – quelques « éclaircissements »

Vous avez été quelques un à nous soumettre cette campagne de promotion du prospectus, « J’aime le prospectus » orchestrée par l’Observatoire du Hors-Média (OHM) et à nous avertir par email. Beaucoup l’ont reçu, effectivement. 13 millions d’exemplaires, multipliés par le nombre moyen d’occupants d’un logement en France (2,3 selon l’INSEE) nous donne une visibilité moyenne de 29 900 000 personnes, soit à peu près la moitié de la France métropolitaine. Pas mal nous direz-vous.

Une petite question, avant d’aborder le contenu et les réactions que cette campagne a suscitées. Pensez-vous que le prospectus a été inséré dans les boîtes aux lettres qui arborent un message « stop pub » ?

L’OHM est une association qui regroupe différents acteurs du prospectus (papetiers, imprimeurs, acteurs de l’éditique, distributeurs…). Le prospectus doit avoir mauvaise presse et cette grande campagne doit servir à « en finir avec les idées reçues sur le papier et le media prospectus. » C’est vrai qu’en ces temps de réduction de l’impact environnemental, certains raccourcis sont vites nés sur le papier et la déforestation, aussi rapidement que ceux qui utilisent le terme de « dématérialisation » pour parler de PDF, de lecture sur Ipad, d’emails et autres, en oubliant bien vite que tout cela fonctionne bel et bien avec du matériel électronique. En septembre 2010, Leclerc avait sorti une publicité : « zéro prospectus en 2020« , montrant Monsieur L amassant des prospectus chez lui. De son entrée où les boîtes aux lettres sont remplies du même prospectus, il monte chez lui, se faisant au passage saluer par ses voisins qui, accroupies par terre, déblaient littéralement des prospectus qui jonchent le sol de chez eux. Nous comprendrons donc que ce spot ait éventuellement rendu furieux certains acteurs économiques qui dépendent du papier. On se souviendra également de la campagne 1% for the Planet, qui avait fait réagir des professionnels du papier, et même des acteurs du marketing de la publicité.

Dans ce prospectus de 4 pages, l’OHM assène un certain nombre d’idées. Hors, certains acteurs de la société civile ne les entendent pas de la même oreille. Ainsi, le Centre National d’Informations Indépendante sur les Déchets (CNIID) et le Réseau Action Climat (RAC-France) ont déposé une « plainte » (en fait c’est une réclamation) auprès du Jury de Déontologie Publicitaire (JDP), organe affilié de l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP). Oui, cela fait beaucoup d’acronymes en une seule phrase. Le communiqué de presse du CNIID est sans appel : cette campagne est mensongère et trompeuse. Pour d’autres, comme Vedacom, « Les arguments annoncés laissent un goût bizarre. »

En première page, on nous fait le coup classique de la pensée binaire : comment vivrait-on dans un monde (…) sans papier ? La réponse est déjà mal posée. C’est fait exprès. Cela reviendrait à dire, aujourd’hui,  » Et comment on ferait sans électricité « ? …

En seconde page. « Dans un monde  zéro papier, il y aurait moins de forêts. 70% du bois utilisé par l’Industrie Papetière française provient des coupes permettant le bon entretien des forêts. les 30% restants proviennent des chutes résultant de l’activité de sciage. » « Le papier favorise favorise ainsi le traitement et l’élimination des sous-produits de la forêts, et permet le développement des plus beaux arbres avec l’élimination de ceux qui gêneraient leur croissance« . Voir le prospectus. Nous proposerons quelques clarifications:

1/ Sur l’industrie papetière française.
2/ Sur la provenance du papier que nous consommons.
3/ Sur la forêt.

1/ Sur l’industrie papetière française.

Le premier argument est orienté vers l’utilisation du bois pour la production française. Seulement, le circuit du papier en France est complexe et la consommation finale de papier, pour faire des prospectus par exemple, provient d’avantage des importations que de la production réelle en France. La France produit, avec ses coupes d’entretiens et ses rebuts de scieries 2 340 000 tonnes de pâte à papier. Elle en exporte 527 000 tonnes et en importe 1 788 000 tonnes. Ajoutons, sans entrer d’avantage dans le détail, que plus de la moitié (54,5%) de la production de papier et carton (il y a aussi une production issu du recyclage) est exportée, soit 5 139 000 tonnes, quand 6 428 000 tonnes de papiers et cartons (60% de sa production) sont importés. 2 questions : 1/ D’où viennent ces importations de pâte à papier et de papier et cartons ? 2/ Est-ce que la fabrication de cette pâte à papier, et de ces papiers et cartons est seulement réalisée avec des coupes d’éclaircies et avec de la sciure ? Certainement pas. Les flux de papier sont disponibles dans les rapports de la COPACEL, syndicat des fabricants de papier, ou sur cet extrait.

2/ Sur la provenance du papier que nous consommons.

Le papier vient du bois. La moitié des coupes de bois sont destinées à faire du papier. Donc nous en sommes en droit de nous poser certaines questions sur l’origine des matières premières utilisées dans la fabrication de papier et cartons que la France importe. Nous vous laissons le plaisir d’aller sur le site du WWF-France, protège la forêt.

3/ Sur la forêt.

Parmi les coupes de bois qui servent à produire du papier, certaines proviennent de forêts primaires à haute valeur de conservation. Elles abritent une foisonnante biodiversité. D’autres coupes proviennent de cultures d’arbres, comme l’eucalyptus. Là encore, nous vous renvoyons au site du WWF-France. Nous terminerons par dire que la forêt, même si son entretien est une activité économique qui ne lui nuit pas, elle n’a, par essence, pas besoin de l’intervention de l’homme, dans la mesure où elle est un climax, un dernier stade parmi d’autres éco-systèmes, de la « non-intervention humaine ».

Le papier n’est pas mal en soi. Il a par ailleurs certains avantages environnementaux par rapport au tout électronique. Il est naturel. Les process de fabrication ont beaucoup évolué et certaines entreprises en ont fait une stratégie de développement, notamment à partir de fibres recyclées. Pour ce qui est du renouvellement de ce papier recyclé par des fibres vierges, certaines entreprises se sont engagées à utiliser du bois certifié (comme le FSC par exemple). La collecte du papier s’est améliorée en France. Elle génère une activité non délocalisable et pérenne. En revanche, le prospectus n’est pas toujours le moyen le plus rationnel d’utiliser du papier. Le gâchis est énorme (40 kilos de prospectus par foyer selon l’ADEME). Nous verrons bien ce qu’en pensent les membres du Jury de Déontologie Publicitaire… affaire à suivre.

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Derniers commentaires

  1. Commentaire de TheGreenwasher, le 8 avril 2011 - Note :

    Plutôt que de parler de collecte de papier, ne vaudrait-il mieux pas partir du postulat que le déchet idéal est celui que l’on ne produit pas ?