Le JDP, adepte du sévéro-laxisme !

Automobile

L’instance chargée d’examiner les plaintes contre les publicités contrevenant aux règles professionnelles, le Jury de déontologie publicitaire (JDP), vient de rendre quatre nouveaux avis, dont trois suite à des réclamations de France Nature Environnement. Trois réclamations jugées fondées, ce qui constitue une première. Du nouveau ? Du réjouissant ? Au contraire. Le JDP, sévère pour les petits, laxiste pour les gros.

C’est la rentrée pour tout le monde. Le JDP, lui aussi, a tenu sa session de rentrée, pour examiner quelques nouvelles « plaintes » de particuliers ou d’organisations, à l’encontre de publicités. Pour trois des quatre sélectionnées, le grief est le même : des véhicules à moteur représentés sur fond de nature. C’est contraire aux règles déontologiques établies depuis quelques années, et sur les trois publicités incriminées, aucune contestation n’est possible. Mais là n’est pas l’essentiel…

Selon que vous serez puissant ou misérable

Regardons ensemble, si vous le voulez bien, les trois entreprises qui se font taper sur les doigts par le JDP. Adrenactiv, SEV Electrical Vehicles SAS, Sport Découverte. On ne leur fera pas injure en disant d’elles qu’elles sont inconnues au bataillon. Leurs budgets de communication sont réduits, et leur visibilité donc très faible. Pas de campagne nationale, juste trois sites web sûrement très peu visités.

De cette façon, en « sanctionnant » (entre guillemets, car le JDP n’a pas de pouvoir de sanction) des entreprises de moindre visibilité, le JDP délivre simultanément deux messages, à deux interlocuteurs différents :
- aux associations environnementales et au grand public : « le JDP est actif contre les publicités utilisant l’argument environnemental ». Sévérité.
- aux grands annonceurs et aux grandes agences, à l’origine de l’auto-régulation publicitaire : « rassurez-vous, vous ne serez jamais inquiétés par nos jugements ». Laxisme.

La contradiction entre ces deux messages n’échappe à personne. Un des deux est une duperie, et notre petit doigt nous murmure judicieusement que peut-être le premier n’est pas des plus sincères. Accessoirement l’association à l’origine des trois plaintes est placée dans la situation peu enviable de dindon de la farce.

Et pendant ce temps, les gros 4×4 s’ébattent dans la nature…

La preuve de cette différence de traitement entre petits et gros annonceurs ? Elle est actuellement sur vos écrans, dans vos villes, sur votre navigateur internet. Partout. Deux exemples pour vous en persuader .

D’abord, dans un numéro de Télérama de ce mois-ci : Ford, pour son 4×4 Kuga, le place en pleine nature.

Quant à Volkswagen, elle diffuse actuellement une campagne massive pour son nouveau 4×4 Tiguan. « Vous voulez ? Vous pouvez », dit-elle. Prenons un des visuels web :

Il en est de même pour la publicité télé et pour certaines des affiches. Reprenons alors le code de l’environnement, que les annonceurs et agences se doivent de respecter. Son article R362 prévoit une contravention de cinquième classe (jusqu’à 1 500 €) pour toute publicité qui représenterait « des véhicules à moteur en dehors des voies classées dans le domaine public routier de l’Etat, des départements et des communes, des chemins ruraux et des voies privées ouvertes à la circulation publique des véhicules à moteur ».

L’auto-régulation est encore plus stricte, en prévoyant que « les représentations de véhicules à moteur, sous quelque forme que ce soit, devront clairement les positionner sur des voies ouvertes à la circulation ».

Les deux 4×4 ci-dessus sont incontestablement sur des voies non ouvertes à la circulation, dans la même configuration que les trois publicités sanctionnées, mais avec une médiatisation autrement plus importante. Des campagnes certainement vérifiées avant diffusion par l’ARPP, et qui, n’en doutons pas, ne seront jamais épinglées par le JDP. Deux poids, deux mesures. Ainsi va la déontologie publicitaire.

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