Ikea et le gaspillage alimentaire à l’occidentale

Mobilier

Alors que l’UNICEF informe actuellement ses donateurs par courrier sur la famine qui sévit depuis plusieurs mois au Sahel, que les médias s’en font l’écho malgré l’attention portée sur la campagne présidentielle française, que deux milliards de personnes souffrent de malnutrition et 18 millions meurent chaque année de faim, que le gaspillage alimentaire en Europe et aux États-Unis est impressionnant (respectivement 30% et 50%), Ikea s’offre une campagne d’une valeur d’un demi million d’euros pour un modèle de cuisine, dans laquelle un couple se livre à une bataille de nourriture, à coup de farine et de chocolat. Nous rappelons à l’ARPP que l’article 9-1 de la recommandation développement durable ne nous semble pas avoir été respecté.

546 548 € et 3 466 panneaux 4×3 pour valoriser le gaspillage alimentaire

Ikea a dépensé 546 548 € pour acheter de l’espace publicitaire sur 3 466 panneaux de 12 mètres carrés partout en France. Soit environ 4 hectares d’espace publicitaire et l’équivalent de 270 000 paquet de farine bio T1 (à 2 euros en moyenne) pour vanter sa « cuisine à toute épreuve ». Les créateurs débordants d’imagination ont placé au centre de l’attention deux protagonistes, un couple, se livrant à une bataille d’aliments. La femme, sur le côté gauche, tient un paquet de farine ouvert. Elle a manifestement aspergé son ami. Devant la riposte qu’il annonce en la tenant en joue avec une cuillère pleine de chocolat, elle lui demande de cesser la bataille.

Et un slogan : « Profiter. Partager. S’éclater », que chacun appréciera à sa façon.

Article 9-1 de la recommandation développement durable de l’ARPP

Une campagne d’affichage à 500 k€ commence à être remarquable, surtout quand on est l’autorité de régulation de la publicité. Mais pas là. Rappelons l’article 9-1 de la section « Impacts éco-citoyen » de la recommandation développement durable de l’ARPP. Il nous semble, à L’OIP, que l’alimentation est une ressource naturelle et nous défendons une certaine valeur à son sujet. Elle ne saurait, pour nous, faire l’objet de gaspillage vu ce qui se passe dans notre propre pays et dans le reste du monde. Le triste record d’affluence des restos du cœur est là pour commence à nous en convaincre.

9-1 La publicité doit proscrire toute représentation susceptible de banaliser, et a fortiori valoriser, des pratiques ou idées contraires aux objectifs du développement durable. A titre d’exemple :

a/ La publicité doit bannir toute évocation ou représentation de comportement contraire à la protection de l’environnement et à la préservation des ressources naturelles (gaspillage ou dégradation des ressources naturelles, endommagement de la biodiversité, pollution de l’air, de l’eau ou des sols, changement climatique, etc.), sauf dans le cas où il s’agit de le dénoncer.

b/ La publicité ne saurait inciter, directement ou indirectement, à des modes de consommation excessive ou au gaspillage d’énergies et ressources naturelles. Elle ne saurait suggérer ou cautionner des agissements manifestement inconséquents ou irresponsables.

Le gaspillage alimentaire

REUTERS/FEISAL OMAR - Sahel

Pour faire rapide, un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, Food and Agriculture Organization), chiffrait, en 2011, à près de 300 kg par personne la quantité de nourriture perdue ou gaspillée en Europe et en Amérique du Nord (pertes incluant tant les pertes dans le cycle de production que le gaspillage des particuliers). « Près de 50 % d’aliments sains sont gaspillés chaque année dans l’Union européenne par les ménages, les supermarchés, les restaurants et la chaîne alimentaire, alors que 79 millions de citoyens vivent au-dessous du seuil de pauvreté et que 16 millions dépendent de l’aide alimentaire d’œuvres de charité ».

Qu’on se le dise.

 

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Derniers commentaires

  1. Commentaire de wwf, le 7 mai 2012 - Note :

    Les effets de la publicité ne sont pas les mêmes pour tous. Toujours est il que si pour certains la publicité d’Ikéa n’incite pas au gaspillage, c’est à dire qu’elle ne génèrera pas d’action de gaspillage, ses créateurs mettent bien en scène une bataille de nourriture. Cette situation est une situation de gaspillage.

  2. Commentaire de walid, le 4 mai 2012 - Note :

    Ca me parait bien exagéré d’affirmer que ça incite au gaspillage. Les pubs pour l’alimentaire où tout le monde a faim, souhaite se re-servir, veut piquer le biscuit du voisin ou finir la bouteille, ou encore celles qui gravent dans l’inconscient une envie de burger à coup de textes, percussions et lumières stroboscopiques, celles là incitent bien plus au gaspillage par la surconsommation.