Brocéliande, le jambon mal élevé

Agroalimentaire

Bientôt 2 ans qu’on n’avait pas écrit sur l’Observatoire de la Publicité. Plein de projets ailleurs. Peu de motivation en France pour critiquer la publicité, à la hauteur des investissements toujours aussi importants. Alors pourquoi refaire une apparition aujourd’hui ?

Parce que la publicité désespère toujours autant. Surtout ceux qui l’a font. On m’a demandé de participer à un groupe de travail sur le Greenwashing demain (je ne savais même plus qu’on en parlait encore) … Et surtout parce que depuis quelques jours, la marque Brocéliande s’est payée des 4 par 3 dans les rues de France pour nous dire que son jambon est bien élevé. Et ça, ça m’agace. Encore un détournement de langage de publicitaire malhonnête alors que les porcs de France sont, justement, très très mal élevés, comme les publicitaires.

 

Brocéliande filiale de Cooperl, la plus grosse coopérative de porcs de France

Brocéliande est une marque d’éleveurs, regroupés en Coopérative. La Coopérative en question, c’est la Cooperl, 1er producteur de porcs en France.

Aujourd’hui, Cooperl Arc Atlantique, ce sont 24% de part de marché. Elle est la plus grande entreprise française de la production de porcs (6 millions de têtes issues de 2 200 élevages), de l’abattage (5,2 millions de porcs) et de la découpe de viande de porc (320 000 t) – 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2012 avec 3 300 salariés. La coopérative possède ses propres abattoirs et ses propres outils de transformation en produits de boucherie, dont la marque Brocéliande (6 sites de production).

Bien élevé le porc Brocéliande ? La magie de la publicité

Vous savez pourquoi les magiciens ont des assistantes hyper bien gaulées et belles ? C’est pour détourner l’attention. Les publicitaires font pareils, à la demande du client. Celui-ci a du arriver avec une idée géniale, celle de ne pas donner d’antibiotiques après le sevrage. Nice.

Bien élevé comment au juste ? Sur le site de la marque, on nous dit qu’ils sont nés, élevés, transformés en France (génial), qu’il ne mange pas d’OGM (merci pour lui et pour les amateurs de jambon) et qu’ils grandissent sans antibiotique dès la fin du sevrage (différenciation). Cette dernière prouesse des producteurs de porcs ne relèvent pas d’une volonté farouche, avant-gardiste des producteurs de la Cooperl, non. En élevage bio, les antibiotiques étaient déjà interdits depuis très longtemps. En fait, ils s’y sont mis parce que, l’usage des antibiotiques comme promoteur de croissance n’est plus autorisé dans l’Union européenne depuis 2006, que le niveau atteint par la résistance aux antibiotiques inquiète l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qu’ils sont soumis au plan « Ecoantibio » 2017 qui vise à réduire de 25% l’usage des antibiotiques vétérinaires. Je me disais bien que ça ne venait pas d’eux tout seul … (source CLCV)

« En achetant un produit Brocéliande vous contribuez au dynamisme économique d’une agriculture Française responsable ». La société Brocéliande nous truande par un vocabulaire pompeux, avec du « Mijotons un monde meilleur » par ci, une citation de Gandhi par là, du « mettent tout en œuvre pour vous apporter le meilleur », « produits à la fois savoureux et engagés », et le Saint-Graal de la branlette philosophique « Que la marque Brocéliande incarne des valeurs (de coopérative), une philosophie (de vie), et un leitmotiv – vous proposer de quoi « bien manger ». Qui évite soigneusement de nous parler de ce qui fâche, tel que le mode d’élevage sur caillebotis. 95% de la production française de porc repose sur ce système d’élevage en bâtiment.

Des porcs biens élevés, j’ai du en voir quelques uns dans mon enfance. Ils étaient dans des prés, avec de petites cahutes pour s’abriter.

En bonus, la filière porc en France

Porcs de France, joyeux pays de mon enfance. Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus, parce qu’ici, on ne fait pas les choses à moitié, voilà quelques éléments de contexte sur la filière porc en France.

Avec des effectifs de truies mères s’élevant à environ 1,2 millions d’unités, les 20 000 éleveurs de porcs français (77 groupements de producteurs (coopératives), et 96 % de la production ) produisent 25 millions de porcs charcutiers tous les ans, soit 2,06 millions de tec (tonne équivalent carcasse)[1]. 55 % des élevages se situent en Bretagne, 12 % en Pays de la Loire et 4 % en Basse Normandie.

25% des volumes sont vendus en catégorie « viande fraîche ». Les 75% restant sont vendus en tant que produits de charcuterie.

La France compte 20 000 élevages de porcs. La taille des élevages de porcs français est en moyenne de 190 truies, soit près de 4 700 porcs produits par an.

Il existe trois types de système d’élevage :

  • en bâtiment sur caillebotis
  • en bâtiment sur paille,
  • en plein air.

95% de la production française de porc repose sur le système d’élevage en bâtiment sur caillebotis.



[1]               Office de l’élevage d’après SCEES – Douanes – Agreste, 2005

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